9 juin 2021 — Par la présente, le Regroupement Vigilance Mines de l’Abitibi et du Témiscamingue (Revimat) dépose à la vérificatrice générale du Québec une dénonciation et demande conséquemment la tenue d’une enquête sur la vente de la mine North American Lithium (NAL) aux minières étrangères Sayona Mining et Piedmont Lithium.
Notre demande s’appuie sur plusieurs considérations hautement préoccupantes.
Tout d’abord, on apprend, par la Presse, qu’Investissement Québec a préféré l’offre conditionnelle de 60 millions de dollars de Sayona Mining et de Piedmont Lithium plutôt que celle de Central America Nickel de 169 millions. Les 109 millions manquant ont plus l’apparence d’un avantage financier que le gouvernement offre aux deux minières. Autrement dit, le gouvernement financerait 109 millions afin de faire construire une usine de transformation du spodumène en hydroxyde de lithium; un avantage qu’il ne semble pas avoir offert aux autres soumissionnaires.
La mine NAL, qui était entre les mains d’intérêts chinois depuis 2012, n’a jamais été assujettie à la rigoureuse procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement et n’a jamais fait l’objet d’une enquête du Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE). Depuis, la grandeur de la fosse de la mine à ciel ouvert a quasiment doublé par rapport à celle annoncée au départ, et aucune étude d’impacts environnementaux n’a été exigée pour cette augmentation considérable. Rien n’indique que les sommes allouées pour la restauration qui ont été mises en garantie par les propriétaires antérieurs suffisent à acquitter les coûts réels de remise en état suite à ces accidents environnementaux. Nous n’avons aucune idée des travaux de restauration et de leurs coûts qui ont été réalisés depuis l’arrêt des opérations de la mine NAL. Nous craignons que l’environnement n’ait subi les frais des deux faillites successives de la mine NAL.
Investissement Québec a déjà injecté plus de 100 millions [1] de dollars dans ce projet qui ne réussit pas à prendre son envol. Les anciens exploitants l’ont sous financé et les hauts coûts d’opération et le bas prix du lithium n’ont pas permis de rentabiliser le projet. Comme les infrastructures n’étaient pas à la hauteur, c’est l’environnement qui en a payé le prix. En vertu d’une demande d’accès à l’information, nous avons compilé plusieurs déversements de contaminants qui ont eu lieu sur le site (voir tableau ci-joint).
Au lieu d’avoir compris la situation, nous pensons que le gouvernement récidive en donnant sa préférence à des compagnies minières juniors qui ne semblent pas avoir beaucoup de capitaux. Sayona Mining est connue dans la région pour avoir tenté d’éviter d’assujettir son projet Authier Lithium à la rigoureuse procédure d’examen et d’évaluation des impacts sur l’environnement et donc à l’examen du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement sur la base d’une décision d’affaires. En résumé, la compagnie souhaitait éviter les évaluations environnementales dans le but d’entrer plus rapidement en opération. Rappelons que Sayona Mining n’a toujours aucun projet minier en opération à l’échelle du globe. Entre les mains d’une petite compagnie minière sans expérience, nous craignons une multiplication des accidents environnementaux ainsi qu’un manque de capitaux pour respecter leurs obligations légales et leurs engagements avec les communautés en matière de restauration.
Un autre élément nous préoccupe. La décision du ministre de l’Économie et de l’Innovation dans le dossier de la vente de la mine NAL au consortium Sayona Mining/Piedmont Lithium semble basée sur l’octroi hypothétique d’une autorisation gouvernementale de cet autre projet minier à 65 kilomètres à l’est de NAL dans le village de La Motte qui se nomme Authier Lithium. Tel qu’indiqué précédemment, cet autre projet est pourtant loin d’être rendu au stade de la décision gouvernementale. Doit-on comprendre que le projet Authier Lithium est déjà approuvé par le conseil des ministres ou encore que ce projet serait obligatoirement accepté quel que soit les problèmes environnementaux afin de rentabiliser le projet NAL
Raisons justifiants cette demande :
[1] https://www.lapresse.ca/affaires/economie/2019-06-01/quebec-risque-de-pe…
[2] https://www.newswire.ca/fr/news-releases/acquisition-des-actifs-de-lithi…